PATRIMOINE, PAYSAGES ET IDENTITÉ(S) : épisode 2

 

Dans le prolongement de leur excursion paysagère au port de Beautiran (07/10/2019), les élèves de la seconde SPVL (Services de proximité et vie locale) ont rejoint la rade de Pointe-à-Pitre et le site de l’ancienne usine de Darboussier, actuel écrin du Mémorial ACTe (04/11/19). Pour relier les deux ports, ils n’ont pas, comme le sucre et le rhum entre le XVIIIe siècle et les années 1960, emprunté la rivière salée à bord d’une gabare. Cela ne les a cependant pas empêché, via un « bokantaj » avec leurs enseignants, de retisser les liens qui existaient entre ces deux sites industriels (famille Souques et usine de Beauport). Ils ont aussi découvert que la « machine » Darboussier, notamment du fait de l’abolition de l’esclavage (1848), fonctionnait grâce à une main d’œuvre aux origines très diverses (Caraïbes, Cap-Vert, Congo, Inde, Chine, Japon, Indochine…) et que le quartier de Carénage était le creuset d’un immense brassage, à l’image d’une île mosaïque. Les élèves ont par ailleurs réalisé que l’usine était aussi un lieu de luttes et qu’elle reflétait la ségrégation qui était l’une des caractéristiques de la société créole. L’itinérance a ensuite été plus « sensible ». La classe, à l’instar de petits escadrons de « grans gosiers », s’est alors dispersée à la recherche des paysages (portiques du port autonome de Jarry à l’ouest, îlet à Cochons au sud…) et des émotions qu’ils suscitent.
 
 
Alisha, encore elle, témoigne : « nous ne nous rendons même pas compte du paysage que nous avons autour de nous. Avant, je ne faisais pas attention aux détails ni même à la vue. Maintenant, je vois ce site sous un autre angle. C’est un espace aéré, sensible au regard et au toucher. C’est drôle comment le paysage se fond dans le ciel nuageux. J’ai trouvé le site de Darboussier juste magnifique ».
 
 
Les futurs animateurs étaient cette fois accompagnés d’un photographe professionnel (P. VIRAPIN) et ont ainsi été sensibilisés aux rudiments de la photographie. Après cela, certains élèves ont joué les modèles et ainsi inscrit leurs identités (elles aussi diverses) dans les paysages. Au fond, le patrimoine invoque le passé, mais concerne, prioritairement, le présent et provoque, dans une certaine mesure, le futur.

 

J.Castel